La cryptanalyse, par définition, est l'étude et la pratique de l'analyse des systèmes d'information afin d'en comprendre les aspects cachés, généralement dans le but de briser les systèmes de sécurité cryptographique et d'accéder au contenu des messages chiffrés, sans disposer de la clé normalement requise. Ce terme est fondamentalement associé au décryptage et à la découverte de vulnérabilités dans les algorithmes et protocoles cryptographiques.
La question posée – à savoir si la cryptanalyse peut être utilisée pour communiquer en toute sécurité sur un canal de communication non sécurisé – touche à une distinction fondamentale dans le domaine de la cryptographie.
Pour communiquer en toute sécurité sur un canal non sécurisé, il est nécessaire de garantir la confidentialité, l'intégrité et l'authenticité des messages transmis, malgré le risque d'interception ou de manipulation de la communication par des tiers. C'est le problème fondamental que résout la cryptographie, et non la cryptanalyse.
La cryptographie est la discipline axée sur la conception d'algorithmes et de protocoles pour sécuriser les communications. Ces systèmes utilisent des transformations mathématiques, communément appelées chiffrements, qui rendent un message inintelligible pour tous, sauf pour ceux qui possèdent une clé spécifique. La cryptographie classique comprend des systèmes bien connus tels que le chiffrement de César, le chiffrement de Vigenère, le chiffrement de Playfair et la machine Enigma. Dans tous ces systèmes, la sécurité repose sur la confidentialité de la clé et/ou la robustesse de l'algorithme.
La cryptanalyse, en revanche, est une activité antagoniste visant à déjouer les systèmes cryptographiques. Elle implique des méthodes permettant de récupérer le texte en clair du texte chiffré sans avoir accès à la clé secrète. Historiquement, la cryptanalyse a été le moteur de l'évolution de la cryptographie : les faiblesses découvertes par les cryptanalystes incitent les cryptographes à concevoir des chiffrements améliorés. Cependant, la cryptanalyse en elle-même ne constitue pas une méthode permettant de garantir la confidentialité ou la sécurité des communications ; il s'agit plutôt d'un moyen de contourner ou de contourner cette sécurité.
Pour illustrer cette distinction à l'aide d'un exemple de cryptographie classique, considérons deux personnes, Alice et Bob, souhaitant communiquer de manière sécurisée sur un canal non sécurisé, tel qu'une ligne télégraphique susceptible d'être interceptée par un adversaire, Ève. Supposons qu'ils utilisent un chiffrement de Vigenère, en convenant à l'avance d'un mot-clé commun comme clé secrète. Alice chiffre son message à l'aide du chiffrement de Vigenère et du mot-clé commun, puis transmet le texte chiffré. Ève, dépourvue de la clé, doit alors récupérer le texte en clair à partir du texte chiffré – une tâche que, si Ève est compétente, elle aborde par la cryptanalyse. Si le mot-clé est court et le message long, des techniques de cryptanalyse classiques telles que l'examen de Kasiski ou l'analyse fréquentielle peuvent permettre à Ève de déchiffrer le chiffrement. Cependant, ni Alice ni Bob n'utilisent la cryptanalyse pour communiquer de manière sécurisée ; ils utilisent la cryptographie, et leur communication n'est sécurisée que dans la mesure où le chiffrement et la clé le permettent.
Pour inverser le scénario : Alice et Bob pourraient-ils utiliser la cryptanalyse pour communiquer de manière sécurisée ? La réponse est strictement négative. La cryptanalyse est un ensemble de techniques visant à briser le secret, et non à le créer. La seule façon envisageable d'intégrer la cryptanalyse à une communication sécurisée est préparatoire : Alice et Bob pourraient l'utiliser pour évaluer la robustesse du cryptosystème qu'ils envisagent d'utiliser, en s'assurant qu'il résiste aux attaques connues. Mais la communication sécurisée elle-même repose sur des méthodes cryptographiques, et non cryptanalytiques.
La cryptanalyse joue un rôle essentiel dans le cycle de vie plus large des systèmes cryptographiques. Elle permet d'évaluer la robustesse du chiffrement, guidant ainsi le choix et l'amélioration des méthodes de communication sécurisées. Par exemple, la cryptanalyse de la machine Enigma pendant la Seconde Guerre mondiale par des cryptanalystes alliés (notamment Alan Turing et d'autres à Bletchley Park) a permis aux Alliés de lire les communications militaires allemandes. Les Allemands, croyant leurs communications sécurisées, ont subi d'importants revers opérationnels suite à cette brèche. Cependant, les canaux sécurisés eux-mêmes, lorsqu'ils étaient utilisés correctement avec des chiffrements intacts, reposaient sur des méthodes cryptographiques comme Enigma ; la cryptanalyse était l'outil permettant de les casser, et non de les sécuriser.
Il est également instructif d'examiner l'impact de la cryptanalyse sur la conception des cryptosystèmes modernes. Lors de leur phase de développement, les algorithmes cryptographiques sont soumis à un examen cryptanalytique rigoureux. Un chiffrement résistant à des attaques cryptanalytiques étendues est considéré comme sûr pour une utilisation pratique. Par exemple, la norme de chiffrement avancé (AES) n'est devenue une norme qu'après des années de cryptanalyse publique qui n'ont pas permis de détecter d'attaques concrètes. Cependant, la transmission d'un message via AES implique uniquement des opérations cryptographiques ; la cryptanalyse est l'outil de l'adversaire, et non celui du communicateur.
La communication sécurisée sur un canal non sécurisé relève fondamentalement de la cryptographie. La cryptanalyse est la discipline antagoniste qui cherche à contourner cette sécurité. Les deux domaines sont étroitement liés dans l'évolution et l'évaluation des cryptosystèmes, mais la cryptanalyse elle-même ne peut pas garantir une communication sécurisée. Elle vise, par définition, à affaiblir la sécurité plutôt qu'à la renforcer.
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